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Après le tatouage et le piercing, les
modifications corporelles comme la scarification et les implants
sous-cutanés sont les nouveaux modes de personnification
extrême du corps. Bienvenue dans un monde marginal aux allures
glauques où les coeurs sensibles n'ont pas leur place.
Sa
peau est marquée au fer rouge. Elle recouvre une série
de petites billes en téflon qui forment une sorte de collier
sous-cutané près de ses clavicules. Tatouée.
Scarifiée. Perforée. Sa peau est en quelque sorte
la mémoire de son passé.
Assis
dans la salle d'attente de son studio de perçage de la rue
Saint-Denis, Pierre Black discute très ouvertement de la
sous-culture à laquelle il appartient: celle des adeptes
des modifications corporelles.
Pour
moi, les modifications corporelles, ça inclut notamment le
perçage, le tatouage, la scarification, les implants chirurgicaux,
mais aussi l'épilation, l'électrolyse, le culturisme
et la chirurgie esthétique, car ça transforme le corps
de façon permanente ou semi-permanente, explique le jeune
homme de 28 ans, tout en replaçant une mèche de ses
longs cheveux noirs.
Le
perçage et le tatouage, tout le mode connaît. La scarification
et les implants insérés sous la peau, beaucoup moins.
Tout
d'abord, les détails. Il y a deux types de scarification:
le marquage au fer rouge (branding) et les coupures au sang (cutting),
infligées volontairement avec un objet tranchant. Une personne
est, dans la majorité des cas, scarifiée par une autre
lors d'une cérémonie qui prend des allures quasi religieuses.
La
scarification est un acte brutal, tribal et douloureux, pratiqué
par une infime partie de la population. Ce rituel a longtemps été
associé, en Occident, aux sadomasochistes.
Généralement,
le cutting se fait avec un scalpel, car il permet de dessiner des
formes très précises se rapprochant du dessin. Les
scarifiés utilisent ensuite différentes méthodes
pour s'assurer que la coupure, en guérissant, laisse une
trace bien visible sur le corps.
C'est
facile de regarder le bijou d'un piercing ou le dessin d'un tatouage
et de dire que c'est beau. La scarification n'est pas faite dans
un but artistique, mais bien pour modifier le corps, pour créer
une nouvelle identité qui s'inscrit dans une esthétique
différente de celle de la masse, avance Pierre Black, qui
gagne sa vie en perçant des nombrils, des sourcils et des
nez au studio Black Sun, rue Saint-Denis, près de la rue
Duluth.
En
1979, les adeptes de modifications corporelles on été
baptisés primitifs modernes par leur leader, Fakir Musafar.
Ce Californien, aujourd'hui âgé de 70 ans, exécute
toutes sortes de performances artistiques avec son corps, dont celle
de se suspendre à un arbre avec des crochets plantés
dans la peau. Le septuagénaire publie aussi Body Art, un
magazine consacré aux modifications corporelles. À
la fin des années 80, la sortie de Modern Primitives, un
livre traitant des modifications corporelles nouvelles comme anciennes,
a fait connaître le mouvement aux non-inités.
À
Montréal, il n'y a aucun moyen de se faire scarifier en échange
d'une poignée de dollars. Pierre Black, parfaitement conscient
de l'impact de shacune des transformations qu'il apporte à
son corps, est engagé dans cette sous-culture à des
fins strictement personelles.
Car
en plus d'être scarifié, le perceur professionnel a
sussi été marqué au feu par des personnes en
qui il avait entièrement confiance. En dix ans, Pierre Black
dit avoir croisé, dans les rues de Montréal, une cinquantaine
de personnes qui ont, comme lui, été brûlées
profondément au troisième degré sur une petite
surface de peau. Volontairement. ça fait beaucoup moins mal
que les gens pensent. ça fait mal pendant une seconde. Après,
c'est fini. Le nerf est complètement brûlé,
raconte-t-il, comme s'il parlait de la météo. Selon
lui, c'est le marquage au fer rouge qui déclenche la plus
grade circulation d'endorphine dans le corps, une substance qui
combat la douleur.
Le
marquage est rarement fait sur les mains, les doigts ou n'importe
quelle articulation du corps. On le pratique sur les parties du
corps où la peau est plus épaisse, comme sur les épaules
ou sur le haut du bras. Pour obtenir une brûlure aux contours
mieux définis, certains adeptes du branding utilisent même
un instrument médical servant à cautériser
les plaies.
En
août, Pierre Black, fasciné par les exosquelettes,
a fait un autre geste dans le but d'améliorer l'esthétique
de son corps. Il s'est fait insérer une série de pitits
implants en Téflon sous la peau, le long de la clavicule,
aux Etats-Unis. Le résultat donne de petits bosses formant
un collier sous-cutané.
Une
question: pourquoi. Certains primitifs modernes brutalisent leur
corps pour défier la douleur et pour en tester les limites.
D'autres le lacèrent pour marquer, de façon indélébile,
un passage très important dans leur vie.
Pierre
Black dit l'avoir fait uniquement pour lui, pour respecter son mode
de vie, et non pour être accepté des autres. Ses implants
ne sont visibles que s'il ôte son chandail. C'est une prolongation
de qui je suis, dit-il, en insistant sur l'importance de toujours
employer des instruments propres et stérilisés.
Certains
amateurs de modifications corporelles se font aussi placer des implants
(en silicone, en titanium ou en acier chirurgical) entre la peau
et le muscle du bras afin de former des motifs en trois dimensions,
comme une nouvelle épine dorsale. Ces gens-là s'identifient
entre eux. Ils forment une communauté, une famille, une sous-culture,
et partagent un code. Au début, ils vont nier leur appartenance
à un groupe, parce qu'ils ne veulent pas être étiquetés
comme des suiveux, dit Benoît Robitaille, étudiant
en anthropologie à l'Université de Montréal,
qui boucle présentement son mémoire de maîtrise
sur le tatouage. L'aspect de la société secrète,
du monde parallèle, du genre j'ai une double identité
et personne ne sait ce qui se cache sous mon complet Armani, plaît
beaucoup aux primitifs modernes, note Benoît Robitaille.
Les
scarifiés ne courent pas les rueEn Europe, la scarification
gagne en popularité auprès des jeunes victimes de
la mode. Une partie des gens qui pratiquent le piercing trouvent
ça trop répandu et cherches un nouveau moyen de se
marginaliser. Les gens veulent se démarquer de plus en plus
, indique Cédric Boddington, un étudiant au deuxième
cycle de l'Université de Montréal qui s'intéresse
aussi à la scarification et au tatouage.
Le
phénomène de la scarification existe depuis la nuit
des temps. Ses origines peuvent remonter aussi loin que celles du
tatouage, indique Benoît Robitaille.
En
Afrique centrale et en Côte d'Ivoire, plusieurs peuples se
sont, au fil du temps, infligé des coupures sur le visage,
le torse ou le dos pour marquer une classe sociale, un statut marital
ou l'appartenance à la tribu. Il s'agissait d'un système
de communication pour les sociétés analphabètes.
Et ces peuples avaient recours à la scarification, car le
tatouage paraît beaucoup moins sur une peau noire. La coupure
au sang est ensuite frottée avec des produits naturels qui
irritent la peau pour obtenir une boursouflure, un dessin en relief,
dit Cédric Boddington.
La
religion joue aussi. L'islam interdit toute forme de midification
corporelle. Le corps est le temple de la creation de Dieu et il
ne faut pas modifier l'oeuvre de Dieu, souligne Cédric Boddington.
Encore
aujourd'hui, des universitaires membres d'une fraternité
se marquent avec du métal chauffé à blanc pour
sceller leur appartenance au groupe. J'ai l'impression que plus
c'est douloureux, plus c'est valorisant pour la personne qui le
fait. ça devient plus inituiatique, comme une sorte de passage.
Ce n'est plus juste une décoration, ajoute Cédric
Boddington.
Mais
qui soumet son corps à ce type de transformations. C'est
très difficile de faire des généralisations.
Clairement, certaines personnes ont des problèmes psychologiques.
Mais d'autres ont des esprits libres et originaux et s'interessent
aux cultures primitives, répond Benoît Robitaille.
Parfois, on le fait pour choquer ou pour le côté m'as-tu-vu.
Les
modifications corporelles peuvent aller très loin. Le stégosaure
ou mohawk de métal en est un bon exemple. Il s'agit d'une
série de pics métalliques implantés en ligne
et au centre de la tête, entre la peau et les os de la boîte
crânienne.
Au
Japon, au Népal et en Thaïlande, la mode, dans le milieu
underground, est au pearling, opération qui consiste à
insérer des perles dans les organes génitaux masculins
pour augmenter les sensations pendant une relation sexuelle.
Certains
sites Internet relatent même des expériences de jeunes
hommes qui on volontairement subi une trépanation, une opération
qui consiste à pratiquer un trou dans la boîte crânienne,
dans le but d'augmenter leur lucidité. Quand l'obsession
se transforme en danger.
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